EREWHON #1
Une série de
Pierre Cassou-Noguès, Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon

Bienvenue à Erewhon

 

Erewhon émerge à partir d’images qui circulent sur Internet. C’est une fable sur la vie des humains dans un monde où l’automatisation a été fantasmée jusqu’à ses extrêmes. Les Erewhoniens sont débarrassés des tâches pénibles et s’adonnent à des occupations ludiques. Des robots-phoques prennent soin des personnes âgées et ronronnent selon un logiciel d’intelligence artificielle. Des cochons voient leur cerveau mis en réseau et augmenté. Des algorithmes redonnent voix aux morts.

 

Les onze chapitres, chacun accompagné d’un texte, s’assemblent en un film de 52 minutes. Ils sont visibles sur la plateforme « Bienvenue à Erewhon ».

 

Comme le récit de Samuel Butler, « Bienvenue à Erewhon » dresse le portrait d’une ville située dans un présent parallèle. L’automatisation a été poussée jusqu’à ses limites extrêmes. Le travail tel qu’on le connaît a disparu.

Production

Lissandra Haulica, Irrévérence films

 

Co-production

Dispositif pour la création multimédia, CNC - Dicréam
Jeu de Paume espace virtuel

Avec le soutien de

Artec, Agence Nationale de la Recherche
Laboratoire TEAMeD, Université Paris 8

Chapitre 1 : Bienvenue à Erewhon, 2018, 6 min 42

Nous explorons une ville qui se fabrique derrière les écrans : dans les publicités pour nos appareils technologiques, dans les vidéos que les employés tournent dans les centres téléphoniques, et dans celles que nous échangeons lorsque nous observons les chats jouer avec les aspirateurs.

Nous n’essayons pas d’imaginer le futur. Nous explorons une forme particulière de notre imaginaire. Nous documentons les fantasmes de l’automatisation du début du XXIe siècle. Cette ville existe, bien que l’on ne puisse pas la situer en un point déterminé à la surface de la Terre, dont on pourrait préciser les coordonnées géographiques. Elle se constitue dans les images qui circulent sur Internet. Son mode d’existence est d’être diffracté dans le réseau.

Chapitre 2 : Samuel Butler, 2018, 5 min 27

Samuel Butler cherche à comprendre pourquoi les machines prolifèrent en Erewhon car, lors de son premier voyage dans cette ville, cent-cinquante ans plus tôt, les machines y étaient interdites.

 

En effet, lorsqu’il découvrit Erewhon en 1872, il fut frappé par l’absence complète de machines. Les Erewhoniens en connaissaient l’existence mais n’en utilisaient aucune. Ils les avaient détruites plusieurs siècles auparavant, convaincus que les machines avaient une forme de vie à part, une vie en un sens étendu.

Chapitre 3 : Chats-aspirateurs, 2018, 5  min 55

Observez ces chats qui jouent avec des aspirateurs automatiques. Tranquillement installés dessus, ils se laissent porter au hasard dans l’appartement. Ils s’amusent avec des robots qui ressemblent étrangement à des êtres vivants. 

Quel lien caché, quelle étrange parenté, réunit les machines et les chats ? Peut-être que les machines et les chats ont toujours eu une vie secrète, que les humains ne comprenaient pas, une sorte d’autonomie qui échappait à l’entendement humain ?

Chapitre 4 : Les yeux, 2018, 3  min 52

Des robots patrouillent en permanence dans les forêts profondes qui entourent Erewhon et séparent la ville du reste du monde. Ils ne sont pas nombreux. Les Invisibles les attendent. Et, dès qu’un Invisible entend le grondement sourd de la petite machine, il sort des taillis où il s’était réfugié, il se plante au milieu du chemin, et attend le cœur battant : le robot passera-t-il sans le voir, prolongeant alors sa peine, ou bien la ville reconnaîtra-t-elle enfin son visage et sa silhouette, lui redonnant son prénom, une place en son sein, et un siège dans l’autom qui le reconduira parmi les siens ?

Chapitre 5 : Les bienheureux, 2018, 6 min 19

Certes, les vidéos sont banales qui montrent des employés pris d’une crise de nerfs, et qui se mettent à crier, se mordent les doigts, fracassent leurs ordinateurs ou se jettent sur leurs collègues pour les frapper. De telles vidéos circulent en boucle sur les plateformes. Mais, justement, la jeune femme des images de « Les bienheureux » ne perd pas le contrôle d’elle-même. Il semble s’instaurer dans son esprit un équilibre étrange, mais heureux, entre des forces destructives et une fantaisie bienfaisante. C’est pour développer celle-ci, et la sérénité qu’elle induit, que le premier Institut de Néoténie a été créé. Un médecin qui se piquait de lettres (mais dont le latin restait approximatif) parlait « psychosis machinae ».

Chapitre 6 : Les anciens, 2018, 3 min 34

Les habitants d’Erewhon ne peuvent pas s’occuper de leurs aïeux. Ce serait du travail et eux ne travaillent pas. Donc ce sont des machines qui s’occupent des personnes âgées. Il y a des machines pour les nourrir, les laver, les déplacer, et des machines pour les rendre heureux. Celles-ci nous intéressent particulièrement. Elles ont l’apparence de bébés phoques, couverts d’une épaisse fourrure blanche. Et quand on les prend sur ses genoux et qu’on les caresse, elles émettent un délicieux grondement. À Erewhon, cela suffit à rendre heureux les vieux, et surtout les vieilles, ce sont toujours des femmes : il n’y a qu’à voir les images.

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