2015

FAMILY STORIES
Marko Maëtamm

Mark Raidpere

Pauline Horovitz

La Saison Vidéo propose cette fois à Pauline Horovitz de choisir un des films des deux artistes estoniens Marko Maëtamm et Mark Raidpere.

 

Le film de famille est un exercice de style quasiment devenu un cliché (tous les jeunes réalisateurs veulent faire un film sur leur aïeul-si-formidable-qui-a-eu-une-vie-exemplaire), et donc un exercice particulièrement casse-gueule. Le narrateur de l’homme des bois chez Maëtamm raconte d’un ton faussement détaché la dislocation tragi-comique de sa famille, avec une fin marquée par l’humour noir. Chez Raidpere, la mémoire familiale, que l’on devine loin d’être un long fleuve tranquille, nous est livrée par bribes. Le point commun de ces deux vidéos, c’est la question du récit, de l’histoire. Comment créer de la fiction ? Or, quel meilleur matériau que la cellule familiale ? « Toutes les familles heureuses se ressemblent, chaque famille malheureuse (dysfonctionnelle dirait-on aujourd’hui) a son histoire », pour finir sur Tolstoï.

Marko Maëtamm

A Story of a Man Who Is Living in the Woods, 2012, 7 mn

Maëtamm est Estonien, il s’appelle Marko et il dessine. Il se trouve que les ancêtres de ma grand-mère paternelle seraient originaires de Lettonie, que j’ai un frère qui s’appelle Marc, d’ailleurs surnommé Marco, et que, dans une vie antérieure, je dessinais. Mais surtout Marko Maëtamm a un humour ravageur, qui rappelle dans A Story of a Man Who Is Living in the Woods la logique tragi-comique, absurde et noire à l’œuvre chez des écrivains comme Roald Dahl ou le John Irving de Liberté pour les ours. L’homme des bois, c’est à la fois Job et le père du Petit Poucet qui serait parvenu à ses fins (se débarrasser de femme et enfants), avant de convoler avec le grand méchant loup ou son équivalent. PH

 

Mark Raidpere

Pae Street, 2013, 15 mn

Après Marko Maëtamm, voici un autre Mark, Mark Raidpere. Mark Raidpere ne dessine pas mais il court. Il filme aussi en courant (ou court en filmant). Le résultat est un film-performance, où le corps de celui qui filme devient un corps en mouvement. Aujourd’hui, tout le monde fait cela avec les caméras Go-Pro ; mais ce qui est intéressant chez Raidpere, c’est justement cette caméra tremblée qui nous embarque dans une narration en fragments, dont la résolution (la clé) est suspendue au prochain chapitre ou au prochain film. PH

 

Pauline Horovitz

Des châteaux en Espagne, 2013, 26 min

Production : Quark Productions

Avec le soutien du CNC, de Culturesfrance et de la Casa de Velázquez

Des châteaux en Espagne prolonge mes vidéos précédentes dans l’attention portée aux « choses communes » (ici  espagnoles) et la reprise du personnage lunaire créé par mon père, avatar du Monsieur Hulot de Tati. Je me suis aussi intéressée aux clichés et aux idiomatismes, pris au pied de la lettre, qui m’ont donné le point de départ burlesque du film : presque une performance qui consistait à aller filmer tous les châteaux espagnols. Cela m’a conduit à élargir mon cadre habituel, celui d’un cinéma de studio, et à filmer pour la première fois en extérieur, notamment les paysages espagnols. J’ai travaillé sur différents genres, le récit de voyage, le western, le faux film de famille (sans retour aux sources, sans pèlerinage à l’Est), pour construire une sorte de « western klezmer » tragi-comique. PH

 

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