2015

JEANNE D’ARC, POLANSKI ET TOUS LES AUTRES
Pauline Horovitz

Pauline Curnier Jardin

La Saison Vidéo propose une carte blanche à Pauline Horovitz qui a choisi d’inviter Pauline Curnier Jardin.

 

Parce qu’elle a le même prénom que moi. Parce qu’elle porte les mêmes lunettes que celles que j’avais dans les années 80. Parce qu’un critique m’a dit un jour : « Votre côté Jeanne d’Arc me révulse ». Et avant toute chose, parce que son travail est brillant, drôle et sensible ; et qu’en plus, elle chante magnifiquement. Pauline Horovitz

Pauline Horovitz

Tout a commencé par le sourire, 2006, 3 mn

Production: ENSAD

Autoportrait à travers l’inventaire de défauts physiques, plus ou moins imaginaires. C’est ma toute première vidéo. Le médium ne m’avait jamais attirée. Je le croyais réservé aux gens qui filment les fleurs en train de pousser ou les plis de leurs corps en gros plans. J’étais partie sur un projet de sculpture à la pop art, l’agrandissement de moulages dentaires, et j’ai fini par raconter mes problèmes de dents et de genoux. Avec une autre vidéo que j’ai faite au même moment (Les appartements), pour la première fois, je me suis mise à raconter des histoires, en disant « je », sans rester dans une espèce de flou impressionniste comme dans mes premières pièces (qui étaient uniquement sonores). Pour moi c’était impensable de dire « je », presque un gros mot, un comportement choquant. Là j’ai trouvé mon ton, ma diction, une façon de raconter. C’est presque un manifeste : tout a l’air vrai mais beaucoup de choses sont fausses. C’est un « Je » qui renvoie à l’expérience de chacun. PH

 

Un jour j’ai décidé, 2007, 6 mn

Production: ENSAD

Evocation d’une éducation bourgeoise et de ses clichés, tels qu’ils se sont transmis de mère en fille. J’ai travaillé sur les idiomatismes et expressions toutes faites.

 

Polanski et mon père, 2009, 8 mn

Production : Quark Productions & Arte France

Mon père dit que le meilleur métier, c’est médecin ou avocat. Je suis cinéaste. Et c’est la première fois que mon père accepte d’être filmé. Cette vidéo a marqué une nouvelle étape dans mon travail, avec un travail de direction d’acteur (non-professionnel). C’est la première apparition du personnage créé par mon père, un universitaire dans la lune, sorte d’avatar de M. Hulot. PH

 

Mes amoureux, 2010, 5 mn

Production : Quark Productions & Arte France

Comment produire un effet de reconnaissance chez le spectateur à travers une expérience personnelle ? Comment donner à voir l’archétype derrière l’incarnation particulière (la ville provinciale de mon enfance, etc.) ? J’ai essayé de dégager d’une réalité banale des « images-modèles » du désespoir sentimental, renvoyant à l’expérience commune : par exemple, le cinéma en tant que lieu de drague adolescente (ici, comique et mélancolique à la fois, parce que désaffecté), ou les caractères universels que sont le beau gosse, le sportif, l’intello à lunettes etc. PH

 

Pauline Curnier Jardin

Ah ! Jeanne, 2006-8, 21 mn

Co-production : Abbaye de Maubuisson - ENSAD - ENSAPC - Conseil Général du Val d’Oise - Conservation Départementale des Musées de la Meuse.

Ah ! Jeanne est d’abord en 2006, un « expanded film », un film performé dans lequel je déballe mes rushes sur plusieurs écrans comme on pose un problème et ses possibilités dans l’espace. Je m’étale sur des détails scabreux, raconte les ellipses et les écueils d’un premier tournage abracadabrant, chante les chansons prologues et pleure de ne pas comprendre mon personnage principal, Jeanne d’Arc.

 

Ah ! Jeanne est aujourd’hui un film. Cinq séquences de films « surgissent » comme des idées plus ou moins lumineuses, à la manière d’une réflexion libre et personnelle autour de Jeanne d’Arc. J’interprète dans le film un possible double de Jeanne dans le présent, et semble envier à mon sujet sa conscience un peu plus altérable que la moyenne. Ces séquences, dans lesquelles mes aïeux et amis interprètent leur propre personnage, font toutes référence à l’histoire et à la sexualité, empruntant différents langages cinématographiques, mélangeant le style documentaire ou le fantastique, le burlesque ou le portrait pur, chacun de ces genres montrant les multiples interprétations intellectuelles, historiques ou fantasmées, liées à la polysémie du personnage de Jeanne d’Arc. PCJ

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