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 THEO HERNANDEZ

Rencontre avec l'artiste

SAISON VIDEO 2018

JEUDI 12 Avril 2018 À 14H, une rencontre avec les étudiants de l’ESAAT - l’école Supérieure des Arts Appliqués et du Textile – 539avenue des Nations Unies – 59100 Roubaix – +33 3 20 24 27 77 -

www.esaat-roubaix.com

LES HISTOIRES DE GASTON

Une série en 10 épisodes en projet

Les Histoires de Gaston se présentent comme une web-série didactique à l’image des vidéos des « youtubers » et plus particulièrement des « vulgarisateurs » tels que « V-sauce », « Dirty Biology », « Micmaths », « Tu mourras moins bête » ... Le projet s’inspire de ce qu’a pu faire Terrence Gower dans “New Utopias” où il incarnait un Walt Disney donnant des « leçons de choses ». Terrence Gower, dans cette vidéo, subvertit les conventions de la TV des années 50 en présentant des utopies de plus en plus hors normes (jusqu’à « The Rocky Horror Picture Show ») mais toujours avec le même flegme et la même attitude professorale. Ici le professeur est interprété par l’acteur Gérard Hernandez qui prend le rôle d’un «Père Castor» débridé qui nous parle aussi bien de Henri Bergson que de Bruce Lee, Zinedine Zidane, « The Wire », des cuillères à café ou du film « Avengers ». On aperçoit dans le décor d’étranges sculptures, une fenêtre ouvre sur de faux extérieurs
(découvertes) changeant à chaque épisode. Des dessins sont accrochés sur un papier peint riche en détails, les sujets abordés s’enchainent, des animations de schémas explicatifs apparaissent... Tout est fait pour que l’attention du spectateur vagabonde d’une information à une autre. Les conclusions que l’on peut tirer de chaque épisode ne sont jamais très nettes. La série est une ouverture sur des chemins rarement empruntés. Les Histoires de M. Gaston se nourrissent de la même énergie du « fait maison » et de la « simplicité » que l’on peut retrouver chez les youtubers nommés ci-dessus et font un pied de nez aux formes « officielles » de médiations (TV, universitaire, voire youtubers ?...).
Les dix épisodes que forment la première saison manipulent et réinventent des sujets souvent issus de la culture populaire. La série se pose comme un piratage d’une culture raisonnablement contenue, désinformée et constamment manœuvrée d’en haut. Le but de la série est de trouver sa place dans un média gratuit et «horizontal» où le spectateur à un rôle plus «actif» que lorsqu’il regarde la télévision.

Avec Gérard Hernandez,
Animation : VALENTIN COLCOMB,
Décor : Rosa-ly Chave, Musique : xavier pettegola

 

Références
Terrence Gower : New Utopias
DirtyBiology : La sagesse de Youtube
Vsauce : How Earth Moves
Jacques Rouxel, Les Shadoks : La logique des passoires
Marion Montaigne : Tu mourras moins bête

 

Un article sur Théo Hernandez est displonible sur notre blog >
 

Entretien :

 

Les Histoires de Gaston

Mo Gourmelon : Votre nouveau projet « Les Histoires de Gaston » qui prend la forme d’une web-série est en cours d’élaboration. Le pilote est déjà tourné et disponible. Vous annoncez vos références très clairement : les séries sur YouTube, « didactiques » mais surtout « vulgarisatrices » tels que « V-sauce », « Dirty Biology », « Micmaths », « Tu mourras moins bête ». Pouvez vous nous présenter les origines de ce projet et donc vos sources ?


Théo Hernandez : Les Histoires de Gaston est à l’origine un travail d’édition qui avait pour titre The way of the intercepting fist et qui compilait une série d’histoires/d’anecdotes qui pouvaient aussi bien concerner Bruce Lee, Zinedine Zidane, que The Wire ou Henri Bergson... Parallèlement à ce livre, je réalisais un film sur Bruce Lee qui explorait une autre façon de raconter la vie du petit Dragon, mêlant fiction et faits réels. Je découvrais également les youtubeurs cités plus haut qui, à cette époque, défrichaient une autre manière de transmettre une information, un savoir... Même si aujourd’hui cette forme de transmission s’est presque dogmatisée et finit par récupérer un bon nombre de « vices » des médias traditionnels. En effet, le nouvel algorithme de recommandation de YouTube (compétitivité des « likes », du nombre de vues, du nombre de commentaires, faible présence des « youtubeuses »...) altèrent aussi le contenu des vidéos. Cependant, la forme du fait-maison que l’on retrouve sur ce genre de plate-forme m’intéressait. En effet les protagonistes de « micmaths » et « dirtybiology », respectivement mathématicien et biologiste, n’ont aucune formation audiovisuelle. Ces derniers produisent pourtant un grand nombre de vidéos, explorant souvent de nouvelles formes parfois étonnantes et expérimentales. Je souhaitais m’inspirer de ces pratiques qui rencontrent un certain succès : « vsauce » a 11 millions d’abonnés et fait 3 à 15 millions de vues par vidéo. Je souhaite prolonger le travail d’expérimentation qui était présent lors de l’émergence de ces vidéastes et qui est finalement propre aux artistes plasticiens. Si l’idée qui était à la base de subvertir les médias traditionnels, comme Terrence Gower a pu le faire dans New utopias où il parodiait un Walt Disney donnant des « leçons de choses », l’enjeu est aussi maintenant de subvertir ce qui se fait aujourd’hui sur YouTube.

 

MG : Pouvez-vous expliciter ce désir de « subvertir », pour reprendre vos mots, ce qui se diffuse sur YouTube ?

 

TH : Le contenu de YouTube a depuis quelque temps une tendance à récupérer les mauvais tics de la TV. Même « Dirty Biology » qui est selon moi le francophone qui a le mieux exploré la forme de la vulgarisation, nous pond tout récemment une vidéo très proche d’un marronnier de JT de TF1 : comment bien réviser son BAC. En plus de cela, des dogmes propres à YouTube semblent s’être imposés. Un individu, souvent un jeune homme blanc, nous parle, face caméra, depuis sa chambre, le montage est brutal (jump cut à tout va), du texte apparaît en énorme à l’écran. La vidéo nous fait rire ou au moins sourire... L’apparition de ces règles peut décevoir, si l’on considère la liberté qu’était censée offrir ce genre de plate-forme. Il y a tout de même de quoi se ravir, quand on voit le succès de vidéastes tels que « Horizon Gull » ou « Bonjour-tristesse » qui s’écartent (de deux manières très différentes) de ces sentiers. « Horizon Gull » se présente comme un personnage tout droit venu d’un monde post-apocalyptique qui nous explique les phénomènes sociaux actuels. Toujours avec des moyens home-made, il s’approprie les codes de la science fiction de façon très simple (quelque petits effets lumineux, voix déformée...) pour servir son propos d’observateur de notre monde. « Bonjour tristesse », lui, pousse les principes du youtubeur à son paroxysme et finit par les subvertir. Il met en place un décor très pauvre : canapé, table basse, bouteille de vin et livre qui change à chaque épisode. Il est assis, quelqu’un lance l’enregistrement, il parle alors entre 10 et 20 minutes sans interruption, principalement de politique. Il n’y a aucune coupe, AUCUN montage, aucun générique. Et il termine par son gimmick : « bonne semaine de merde les copains ». Puis la caméra est coupée plus ou moins à la fin de cette phrase. Le but des Histoires de Gaston serait donc le suivant : s’approprier les nouvelles règles de ce mode de transmission et dans un même geste les transgresser pour retrouver ce qu’il y a de magique dans ces plate-formes : l’indépendance, la liberté et l’originalité de leur contenu.


MG : En 2014, vous réalisiez avec Jules Lagrange Centre du Ciel, un hommage très libre à Bruce Lee, une forme classique de vidéo que la Saison Video 2015 a diffusé. Que retenez vous de cet essai que vous poursuivez dans Les Histoires de Gaston ?

 

TH : Même si cette vidéo reste modeste, j’en retiens surtout du bon. C’était la première fois que nous collaborions sur un film avec Jules, et je nous ai trouvé assez malins dans notre manière d’aborder la chose. Nous avons fait un énorme travail de recherche. Nous avons lu à peu près toute la littérature sur Bruce Lee, vu tous les documents vidéos qui existaient. Nous avons échangé sur ce sujet pendant presque 1 an et nous avons finalement écrit, tourné et monté la vidéo en une semaine. C’est exactement sur le même mode que je travaille Les Histoires de Gaston. Centre du Ciel était aussi la première fois que j’essayais de mêler une forme populaire (ici le biopic) avec l’énergie et la liberté du fait- maison. Ce qui est aujourd’hui au centre de ma pratique et plus particulièrement avec Les Histoires de Gaston.


MG : Plusieurs questions se posent à la découverte du pilote intitulé : « Achille, Bruce et Antonin ». Le choix de votre grand père Gérard Hernandez comme conteur. Le plan fixe dans un décor fabriqué, assis dans un fauteuil près d’une fenêtre qui semble fictive. Le recours, qui apparaît jubilatoire, à l’animation. Et enfin le ralenti qui traverse les histoires d’Achille et la tortue, de Bruce Lee et d’Antonin Panenka. Les autres épisodes sont ils déjà écrits ou composez vous au fur et à mesure ?

 

TH : J’avais déjà travaillé avec mon grand père sur d’autres vidéos. C’était alors l’occasion de travailler gratuitement avec un excellent acteur qui se rendait disponible très facilement. Pour cette série, ce choix a été motivé par une dimension supplémentaire : faire un pied de nez à la télévision en récupérant un ses représentants les plus populaires. Mon but avec cette série est aussi d’essayer de toucher un autre public que celui des centres d’art qui est trop souvent le même, et trop souvent issu de la même classe sociale, malgré les efforts considérables qui sont faits de la part de ces derniers pour s’ouvrir à d’autres couches de la société. Avec Les Histoires de Gaston, je voulais explorer des sujets populaires (cinéma, football...) en parcourant des chemins jusqu’alors peu empruntés. Pour la première vidéo, je voulais que le sujet soit le médium même : l’image en mouvement. Montrer une autre manière d’appréhender le mouvement (l’impossibilité du mouvement selon Zénon, le mouvement qui n’est pas forcément les 24 images par seconde du cinéma ou encore la frappe audiovisuelle de Panenka) était alors un moyen de poser les bases de ma série. Quant au décor de Rosa-ly Chave, la musique de Valca, et l’animation de Valentin Colcomb, ils relèvent, je crois, du même ressort : extraire une certaine essence de notre pop-culture, que celle-ci soit poétique, pathétique ou humoristique. Trois épisodes sont écrits. J’ai aussi une idée du contenu des 10 premiers épisodes. La fausse fenêtre du décor prendra d’ailleurs plus de sens dans le deuxième épisode qui explique la fusion actuelle de la réalité et de la fiction. 12.05.2017


Épilogue


Un pilote de la série a déjà été réalisé afin d’expérimenter un certain nombre de choses. Originellement écrit pour durer quinze minutes, ce pilote m’a permis de comprendre que Les Histoires de Gaston seront finalement des capsules plus courtes (entre 3 et 5 minutes). Les Histoires de Gaston se réclament d’une catégorie plus proche des chroniques d’un « youtubeur » que d’une série de cours magistraux. Le pilote a, de ce fait, également mis en évidence l’importance que l’acteur s’approprie le texte. L’écriture des épisodes sera dès lors retravaillée avec Gérard Hernandez et une place sera également laissée à l’improvisation.


Il y a de plus une volonté d’explorer et de s’approprier le médium « web ». Et le fait de réaliser des capsules courtes et de rendre le discours plus fluide vont selon moi avec l’idée de créer un tel contenu. La réécriture des épisodes par l’acteur ira dans le sens de la confrontation d’univers qui sera sens cesse à l’œuvre dans Les Histoires de Gaston. Je projette même de déléguer l’écriture des épisodes à un certain nombre d’intervenants auteurs/scientifiques/philosophes/sportifs... à partir de la deuxième moitié de la saison.

© 2019 SAISON VIDEO.