WOMEN
avec
Charlotte Vitaioli
Jemima Burrill
Renata Poljak

Charlotte Vitaioli, L’Heure Bleue, 2018

Production centre d’art contemporain Passerelle, Brest

Quatrième volet d’une série d’œuvres (voire Les Nébuleuses et Albertine disparue) dans lesquelles la figure de la jeune femme errante, absente, ou gisante est omniprésente, L’Heure Bleue met en exergue les rites de bateaux-sépultures, pratiqués dans des cultures ancestrales, notamment chez les Vikings et les Égyptiens. Un sujet reprit par Arnold Bocklin dans l’imaginaire de « L’Ile des Morts », peinture où la solitude est magnifiée par la présence d’un personnage semblant voguer vers l’au-delà. 

 

Les tragédies shakespeariennes ne sont jamais loin de mes narrations. Ici, se rejoue le mythe d’Ophélie, démultiplié par une horde de femmes aux pâleurs astrales.

En écrivant le scénario, je pensais à la figure de la jeune innocente en fuite propre au roman gothique et qui se trouve constamment persécutée par une force malicieuse.

 

La peinture intitulée L’arrivée du pardon de St Anne, d’Alfred Louis Guilloux exposée au musée des Beaux-Arts de Quimper, m’a également beaucoup influencée. Il est question d’une procession religieuse bretonne, où des jeunes filles placées sur des embarcations portent à terre la bannière étoilée de la Sainte Patronne. CV

Jemima Burrill, Harvest, 2018, 11 min 11 sec

Une créature anti-féminine se rend dans la nature, tête rasée, bottes enfilées, avec un sac Ikea en bandoulière. Elle se nomme Tank Girl, une super-héros, une femme qui peut tout faire, se réaliser et endosser sa propre histoire. Elle décide alors de redevenir féminine, car elle le peut, et pour ce faire danse. Elle fabrique sa robe pour devenir fascinante et devient une Cendrillon rasée, une anti-Cendrillon qui soulèvera délicatement sa jupe pour naviguer dans la nature, pour escalader le rocher, pour se sentir invincible comme les deux types de femme qu’elle incarne. La dureté et la douceur comme la nature qui l’entoure.

 

Ce n’est pas un film abordant la nature, la nature est au fond de cette femme. Elle vit avec elle et fabrique une robe d’artifices afin de se démarquer en créant un habit pour sa danse. Ainsi, elle peut conquérir cet endroit et se tenir grande, vêtue comme elle l’aime, comme elle l’aime. Ce film traite principalement de ce passage à l’acte. JB

Renata Poljak, Partenza, 2016, 10 mn 35

Production : REA Association

Le film intitulé Partenza exprime l’insécurité de la société contemporaine et la fragilité de l’existence humaine. Une histoire de départ, d’attente et de séparation, dictée par les migrations est ainsi abordée métaphoriquement. Au tout début du XXème siècle, il était courant et traumatisant pour les hommes de quitter les îles croates (la plupart du temps contraints de se rendre en Amérique du Sud) pour des raisons de pauvreté et de famine. L’un de ces récits tragiques est porté par l’histoire familiale de l’artiste. Le film est inspiré par l’histoire de la vie de l’arrière grand-mère de Renata, qui a vécu à l’île de Brač et dont le mari partit au Chili pour chercher du travail afin d’assurer un futur à sa famille. Comme la plupart des femmes de l’île, elle a attendu son mari qui, comme la plupart des hommes, n’est jamais revenu.

 

Partenza (départ en italien, utilisé dans la plupart des dialectes des îles croates et des zones côtières) est inspiré des tragédies contemporaines liées aux migrations maritimes. L’artiste aborde ce phénomène comme fil conducteur afin de nous rappeler qu’il n’y a pas si longtemps nous étions dans le même bateau. Deux histoires sont liées – celle de la Croatie du début du XXème et la situation critique des réfugiés africains et asiatiques. Ce film, utilisant des histoires de migrants et réfugiés qui se répètent au cours de l’Histoire, pointe fortement et de façon suggestive, la fragilité de condition humaine, sensible aux changements politiques, économiques et sociaux.

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